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Madame la Présidente, Monsieur le Vice-Président,
chers amis,
Chère Syrine, chère Taoufik,
je tiens d’abord à vous remercier pour votre
chaleureux accueil, l’intérêt de la réunion
que vous avez organisée ce matin, et la qualité
des personnalités que vous su faire venir, et que
nous avons pu rencontrer. Au nom de la délégation
du monde publicitaire venue de France, je tiens à
vous en remercier du fond du cœur.
Vous m’avez présenté,
cher Taoufik, de façon trop flatteuse : la seule
chose dont je puisse m’enorgueillir est d’avoir
passé mon bac au lycée Carnot de Tunis. Cela
ne me rajeunis pas, mais j’y tiens !
Vous m’avez demandé de synthétiser
les propos, riches et nombreux, qui ont été
tenus pendant ce séminaire, qui a présenté
un débat de qualité. Comme nous l’a
indiqué au début de notre réunion le
Ministre ZENAIDI, l’objectif commun que nous avons
est de renforcer la communication publicitaire : pour cela
il faut l’organiser, la réguler et l’autoréguler.
Comment nos professions peuvent-elles y contribuer ?
I. Le contexte de l’autodiscipline
: déréguler, mais aussi re-réguler.
Avant de parcourir ces différents
moyens, je tire déjà personnellement un premier
enseignement de notre réunion : nous ne sommes pas
venus pour vous apporter des solutions toutes faites, nous
sommes là pour réfléchir ensemble sur
des questions communes, qui sont pour nous les mêmes.
Ce que vous faîtes est donc pour nous plein d’intérêt,
et il nous faut coopérer ensemble.
En effet nous sommes, de par et d’autre
de la Méditerranée en Europe, soumis au même
débat qui nous préoccupe: le monde de la publicité
doit faire face, comme l’ensemble des activités
économiques, au défi que doivent affronter
les pays européens en ce début du XXIème
siècle : comment déréguler, et ensuite
avec quoi re-réguler ?
1) il nous faut d’abord déréguler
: c’est particulièrement vrai en Europe, dans
des pays comme la France et l’Allemagne, car il faut
mieux faire fonctionner des secteurs importants, comme les
services publics en dérégulant des marchés
entiers, type transports, électricité, énergie,
téléphone, etc. La commission européenne
nous oblige à mettre fin aux monopoles et à
privatiser les entreprises publiques dans les secteurs concurrentiels.
La mondialisation va dans le même sens, en internationalisant
les entreprises et les marchés, qui se libèrent
ainsi des législations nationales : les deux grands
groupes français de publicité, Havas et Publicis,
se classent dans les dix premiers mondiaux, mais tout en
ayant leur siège en France ne dépendent plus
de la loi française pour la grande partie de leurs
agences. La libéralisation des règles du commerce
international, via l’OMC, va dans le même sens,
comme l’a rappelé le Ministre ZENAIDI. Enfin,
la technologie y contribue : il suffit de citer Internet,
réseau mondial où l’individu roi veut
échapper à toute contrainte dans un nouvel
espace affranchi des règles habituelles. Il nous
faut donc abattre bien des règles anciennes, et ce
grand mouvement de dérégulation est difficile
à accepter dans des vieux pays structurés
par l’Etat comme la France.
2) mais le libéralisme n’est
pas le laissez-faire : il nous faut inventer de nouvelles
règles et donc re-réguler. Cela pour faire
face à la crise de confiance qui frappe les institutions
et les entreprises. Nos entreprises, et c’est tout
autant vrai pour nos annonceurs, sont sur la sellette :
il suffit de citer Enron, ou Total, ou Mac Donald, accusés
de comptes truqués, de pollution ou de mal-bouffe.
Les médias, de leur côté, font face
à une crise de crédibilité face à
leurs lecteurs, et ce n’est pas la polémique
sur la « face cachée » du Monde qui va
les rassurer. La publicité n’est pas la moins
accusée : ce discours partisan, parfois jugé
mercantile, est quelquefois trop provoquant, ou manipulateur,
au service d’un marketing où l’intérêt
du public peut apparaître sacrifié à
celui des marques. Annonceurs, médias, agences :
toutes les professions publicitaires sont confrontées
à cette crise de confiance. Face à cette inquiétude
sans précédent qui anime nos consommateurs
et nos concitoyens, seules des règles claires peuvent
restaurer leur confiance : il nous faut donc sans cesse
adapter nos règles, et en inventer de nouvelles pour
susciter l’adhésion. On le tente pour Internet
par exemple, avec la co-régulation. La publicité
fait partie des domaines où il faut également
réfléchir à la meilleure régulation
pour aujourd’hui et pour demain. C’est donc
ensemble qu’il nous faut réfléchir :
un débat comme celui d’aujourd’hui offre
un cadre pertinent pour une réflexion commune qu’il
nous faudra poursuivre.
II. Comment le mieux organiser la communication
publicitaire ? Avec quel type de régulation ? Pour
quelle éthique ?
Abordons à présent les différentes
modalités d’organisation des règles
publicitaires qui ont été examinées
successivement par les différents intervenants.
1) régulation ou autorégulation
? C’est la première question que nous nous
sommes posée. Cette alternative, comme l’a
montré notre débat, est fausse : le choix
n’est pas entre l’autorégulation (par
les professions) ou par la loi (qui est la forme la plus
élevée de régulation : on peut y ajouter
les règlements, ou les décisions des autorités
administratives de régulation, comme en France le
CSA), il nous faut l’un et l’autre.
Quelque fois certaines entreprises avancent l’autodiscipline
comme argument pour éviter une législation,
sur les alcools ou le tabac par exemple. Pour ma part je
ne pense pas que cet argument doive être utilisé.
Il y a des cas d’ordre public où il faut reconnaître
la légitimité d’une législation.
Nous n’avons pas à nous opposer à la
volonté du politique de légiférer dans
les domaines où l’intérêt général
le commande : la protection du consommateur d’abord,
comme le recherche la législation tunisienne de 1992
rappelée par M. BEN ABDALLAH. Il y a aussi la santé
publique, la protection de l’environnement, domaines
où la loi est légitime. Nous lui reconnaissons
le droit d’encadrer notre activité. La publicité
doit d’abord être loyale : étymologiquement
cela signifie respecter la loi. N’oublions pas en
outre que le législateur, et donc les tribunaux,
protègent bien des aspects de la publicité
: notre liberté d’expression et de création,
inscrite à l’article 8 de la Constitution tunisienne,
comme l’a précisé Me HAFSA, mais aussi
la propriété de notre création et de
nos marques, et la garantie de diffusion de nos messages.
- nous avons ensuite abordé l’autorégulation
par nos professions : elle ne remplace pas, mais complète
la loi là où elle s’avère plus
efficace, Me HAFSA, après Jacques BILLE, l’ont
démontré : lorsqu’il s’agit de
réguler des comportements, qu’ils soient individuels
ou professionnels, bien des lois, comme en France celles
sur le tabagisme, ou la vitesse automobile, sont inopérantes
si elles ne sont pas accompagnées d’une responsabilisation
suffisante, chez celui qui doit la mettre en œuvre.
En matière professionnelle, ce sont les règles
déontologiques : elles vous ont été
présentées par Joseph BESNAINOU pour BVP,
elles servent de codes de conduite aux publicitaires qui
ont librement décidé de se les appliquer.
Jacques BILLE vous a parlé du couple indissociable
liberté-responsabilité qui fonde notre autorégulation.
J’y ajoute le principe d’autonomie : imaginé
par Kant et Rousseau, ce principe signifie qu’on ne
peut prétendre à sa liberté qu’en
se fixant soi-même ses règles de conduite :
en toute autonomie. Penser par soi-même est la première
règle morale d’une profession comme la nôtre,
dans l’autonomie de nos décisions déontologiques.
- l’autodiscipline va
plus loin que l’autorégulation : non seulement
notre interprofession se fixe ses règles déontologiques,
mais elle en assure également l’application
par la mise en œuvre d’une discipline professionnelle.
Certes nous n’allons pas aussi loin que les ordres
professionnels des professions libérales (médecins,
avocats, etc.), car nous ne voulons pas contrôler
l’exercice du métier de publicitaire. Mais
nous disposons de systèmes de sanctions, comme de
demander l’arrêt de diffusion d’une publicité,
ou de radier un adhérent de nos associations. Nous
pouvons aussi mettre en place des systèmes de traitement
des plaintes qui nous sont soumises, avec de véritables
jurys professionnels, comme cela existe en Grande-Bretagne.
Nos dispositifs sont divers, comme cela vous a été
montré par Oliver GRAY, avec préférence
pour le traitement préventif, en France, ou a posteriori,
en G-B. Mais nous souhaitons prouver à la Commission
européenne que notre réseau de SRO ( Self
regulation Organizations) est suffisamment cohérent
et efficace pour que l’autodiscipline publicitaire
soit reconnue à Bruxelles, et par les gouvernements,
comme un système qui fonctionne et qui peut inspirer
confiance au consommateur et au public.
1) cette autodiscipline : pour quelle éthique professionnelle
?
Il nous faut aussi, finalement, nous fixer
les valeurs qui sont celles de notre interprofession, et
que notre déontologie doit avoir pour objectif. Nos
règles n’ont pas seulement pour but d’éviter
des dérapages, des désagréments pour
le public : cette finalité négative est insuffisante,
il nous faut déterminer, dans un dessein positif,
quelle est la publicité que nous voulons, celle qui
répond à nos valeurs.
a) D’abord peut-on parler d’éthique
publicitaire ?
Nous le revendiquons, puisque c’est
le nom de notre organisation européenne : «
l’Alliance européenne pour l’éthique
en publicité ». Alain WITTEVRONGEL, a affirmé
la volonté éthique du groupe Nestlé.
Pourtant, voilà un mot : éthique, dont il
faut se méfier. Trop souvent mis en avant, pour habiller
des fonds de placements, des modes de gestion ou des actions
de marketing, la mode de l’éthique de l’entreprise,
venu des Etats-Unis, a envahi nos écoles de gestion
et de commerce, où la publicité est enseignée.
Il y a un parfum de Dior baptisé « Ethique
» : peut-il y avoir une publicité éthique
?
- d’un côté la publicité
n’a rien à voir avec la morale (étymologiquement,
morale et éthique c’est la même chose)
: sa finalité est économique, c’est
un mode d’action du marché, et la marché
n’a pas de morale. Quand la publicité se veut
morale, on l’a vu avec les affiches Benetton, le public
se sent manipulé, et quand elle se veut immorale
(comme le porno-chic des grands couturiers) cette transgression
n’est pas mieux acceptée. La publicité
est en fait a-morale : elle n’a rien à voir
avec la morale, elle a pour but de vendre et de faire vendre.
- d’un autre côté la
publicité, comme toute activité humaine, ne
peut se déployer sans respecter les règles
de la vie en société, d’autant que c’est
une communication publique qui s’adresse au public
et au consommateur : il faut les respecter. Il y a des lois
pour cela, mais nous avons vu que nos professions veulent,
dans l’autonomie de leur responsabilité, les
compléter par une déontologie. C’est
l’aspiration des publicitaires en Tunisie : Mme Syrine
CHERIF-MAAREF, Présidente de la Chambre syndicale
des agence tunisiennes, l’a dit : sans publicité
loyale et honnête, il n’y a pas de publicité
utile. La déontologie rassemble les règles
professionnelles qui garantissent au public et au consommateur
la meilleure des publicités possibles. Mais il faut
aussi que certaines valeurs soient respectées. Là
on commence à toucher à l’éthique
: quand les limites que nous fixons librement à notre
communication publique sont celles que nous inspirent les
valeurs que nous voulons défendre.
b) Alors, finalement, quel contenu donner à ce
qui serait une éthique publicitaire ?
Nous pourrions évoquer longtemps
les valeurs de la publicité que nous voulons défendre
: on peut revenir aux principes de base de la CCI pour qui
la publicité doit se conformer aux lois, être
décente, loyale et véridique. Cela date de
1937, c’est vieux comme le BVP, mais je préférerais
remonter jusqu’à…Aristote ! Pour lui,
il l’a clairement explique dans sa Rhétorique,
la base de l’éthique pour celui qui pratique
la rhétorique (et la publicité est de la rhétorique
: elle argumente pour séduire) est de renoncer à
parler « en dehors de la cause » que l’on
veut défendre. Ne pas faire appel à l’émotion,
au désir, aux stimuli passionnels qui n’ont
pas de rapport avec le produit ou le service. Ne pas placer,
par exemple, un corps féminin racoleur à côté
d’un produit qui n’a rien à voir avec
cette femme, qui n’est là que pour attirer
l’attention. Cette vieille règle éthique
que nous a donnée Aristote est toujours valable,
et elle est sans doute la plus importante de toutes : respecter
le public, c’est argumenter « à l’intérieur
de la cause », c’est lui proposer une argumentation
honnête, dont les effets peuvent certes faire appel
à l’imaginaire ou au spectaculaire, mais toujours
en lien avec la cause à défendre.
Mesdames et Messieurs, chers amis, contrairement
à l’humoriste Fred Allen, qui prétendait
que la publicité c’est 15% de commission et
85% de confusion, notre débat a pu éclaircir
une activité dont l’utilité pour l’économie,
la société et la culture, n’est pas
à démontrer.
J’aimerais, pour terminer évoquer
un grand écrivain tunisien, Saint-Augustin, qui a
apporté à l’histoire de la pensée
deux grandes innovations. Il a inventé d’abord,
avec Les Confessions, la vie intérieure, et ensuite,
avec son Traité du libre arbitre, la faculté
de volonté. Cette volonté, qui est née
ici, vous l’avez : celle de développer et de
mieux organiser l’activité publicitaire. Nous
saluons l’effort, la clairvoyance et la volonté
de la publicité tunisienne, et celle des pouvoirs
publics de ce pays, de contribuer à développer
cette activité nécessaire dans le respect
du public et des consommateurs. Sachez que nous sommes désireux
de continuer à coopérer avec vous, car bientôt
nous pourrons bénéficier des solutions que
vous imaginerez pour votre pays. Fixons- nous un calendrier
afin de nous auto-discipliner, si j’ose dire, pour
une réflexion commune face aux défis communs
que nos professions ont à relever. Votre accueil,
votre intérêt, votre attention le prouvent
: la publicité en Tunisie a tout pour se développer
dans le respect d’une réelle éthique
professionnelle, et nous apportera bientôt en Europe
les enseignements de son succès.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie : Barka allahou
fikoum.
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